St-Gabriel de Rameau

Résilience:

Aptitude d'un individu à se construire et à vivre de manière satisfaisante en dépit de circonstances traumatiques.

La découverte d'archives... J'ai tiré les photographies de Georgette Bélanger-Rioux à la demande de Jeannot Rioux. Dans la chambre noire, je plongeais dans l'arrière-pays, nous étions à St-Gabriel de Rameau en 1960, village fermé par le gouvernement en 1970.

C'était en 2022, ma première rencontre avec les anciens résidents à St-Gabriel. Ce fut le début de multiples rencontres toutes aussi incroyable les unes que les autres. En 2023, je proposa à plusieurs de résidents de participer à un témoignage, un récit photographique des lieux.

"Saint-Gabriel des Rameaux était le plus petit des villages fermés avec 100 familles lors de sa fermeture. Il aura coûté 30 000$ dollar au gouvernement pour détruire l’école, l’église et les maisons restantes. Le résultat du référendum est questionnable, devant un enjeu aussi émotif, il est difficile de croire que 100% de la population est votée en faveur de la fermeture.
Aujourd’hui, les anciens résidents et leurs descendants se rencontrent une fois l’an au cimetière, seul endroit resté intact, figé dans le temps. Ces gens reviennent tout au long de l’année faire des pique-niques, chasser ou simplement faire une randonnée sur une terre qui leur appartenait et qui autrefois était des champs.

J’imagine qu’ils viennent caresser des souvenirs, se rappeler que parmi les grosses épinettes d’aujourd'hui, à l’époque ... l’église et l’école étaient une en face de l’autre, en arrière t’avais le presbytère... ma maison était là-bas, ben le puits est encore là, la grange était là et pi des fois on passait par le détour à Philippon..."(extrait du livre Résilience 1970)

 

 

 
Mon séjour à Saint-Gabriel a été une expérience riche et profonde. Pendant plusieurs semaines, j’ai eu le privilège de converser avec les anciens résidents et leurs descendants, d’arpenter le détour à Philippon et la Malbaie, et de camper au cimetière pour capturer la lumière dans toute sa splendeur. Chaque jour était

marqué par de petites découvertes, des ruisseaux sinueux et des rencontres impromptues qui se déroulaient loin de l’agitation de la civilisation moderne. Pourtant, partout où je regardais, je trouvais des vestiges d’unecivilisation vieille de 55 ans.
Ce projet a été un véritable tourbillon d’émotions, de réflexions, de questionnements et de nouvelles amitiés. Mon but était de tisser un lien entre le présent et le passé de Saint-Gabriel, de parcourir les souvenirs, de ressentir la nostalgie, et de réfléchir à la façon dont tout cela s’entrelace. L’histoire de Saint-Gabriel offre une précieuse opportunité de méditer sur nos actions et notre histoire récente.

Les photographies ont été réalisées au 35 mm, au 6x6 cm ou à la chambre 4x5. Prendre le temps d’installer la chambre était un moment spécial en soi, me permettant d’établir un lien plus profond avec les résidents. J’ai eu l’occasion d’écouter leurs histoires, favorisant ainsi l’authenticité et la spontanéité de chaque prise de vue. C’était une ouverture à l’inattendu, une fenêtre sur les trésors cachés et humains de Saint-Gabriel.

Merci à Georgette dont l’acte photographique traverse le temps. Je salue
les moments où elle prit la caméra pour s’enorgueillir de souvenirs ; ils sont aujourd’hui des archives d’une valeur inestimable.

Merci au Conseil des arts et des lettres du Québec(CALQ) et à Courant culturel Rocher-Percé. Sans leur soutien financier, ce projet n’aurait jamais pu voir le jour.